Le boom des compléments alimentaires

Le boom des compléments alimentaires

Le marché mondial des compléments alimentaires connaît une croissance explosive, laissant entrevoir un chiffre d’affaires prévu de 250 milliards d’euros d’ici 2024 selon Synadiet. Longtemps cantonnés aux pharmacies et aux formats classiques comme les comprimés austères, les compléments alimentaires se réinventent complètement. Gummies colorées et ludiques, routines personnalisées sur-mesure, marques digitales ultra-connectées, formats nomades pratiques et storytelling wellness immersif : l’industrie des compléments alimentaires vit une véritable révolution. Mais pourquoi un tel succès ? Entre la recherche de performances, le besoin de mieux-être, la conscience santé accrue et l’envie de reprendre le contrôle sur son corps, les compléments alimentaires ne sont plus de simples pilules oubliées au fond d’un placard. Ils deviennent des symboles de lifestyle, des objets de décoration sur Instagram, des rituels matinaux filmés et partagés. Alors, comment ce marché traditionnellement médical est-il devenu l’un des segments les plus dynamiques de l’industrie du wellness ? Quelles marques dominent ce secteur en pleine mutation ? Et surtout, que nous réserve l’avenir de cette fusion entre beauté, bien-être et santé ?

L’explosion du marché : cinq raisons qui expliquent le boom

Pour comprendre cette croissance fulgurante, il faut identifier les facteurs clés qui ont transformé les compléments alimentaires d’un marché de niche pharmaceutique en phénomène wellness mainstream. Cinq raisons majeures expliquent ce boom.

La pandémie : l’avant et l’après qui a tout changé

Premier facteur, et pas des moindres : la pandémie. Il y a eu un avant et un après Covid, il y a cinq ans maintenant, et les habitudes des consommateurs ont profondément changé. En France, selon Synadiet, près de 60% des consommateurs ont pris des compléments alimentaires en 2024 contre 45% en 2019. On peut vraiment se rendre compte de l’ampleur du changement.

L’immunité et le bien-être mental sont devenus des priorités absolues. Pendant la pandémie, beaucoup de personnes se sont senties vulnérables face à leur santé et ont voulu prendre les choses en main. Elles ont commencé à s’intéresser aux vitamines D et C, au zinc, aux probiotiques pour renforcer leur système immunitaire. Cette prise de conscience n’est pas retombée après la crise sanitaire. Au contraire, elle s’est installée durablement. Tout ça a ouvert la voie vers les compléments alimentaires beauté et bien-être, bien au-delà de la simple immunité.

Le bien-être devenu mainstream

Deuxième raison : le bien-être n’est plus une niche. C’est devenu une norme sociale. Boire du collagène dans son matcha du matin, ajouter des superfoods dans ses smoothies ou prendre des gummies anti-stress avant de se coucher, ce sont des habitudes qui se sont complètement intégrées à une esthétique de vie, notamment via Instagram et TikTok.

Le hashtag #gummies cumule aujourd’hui plus de 600 millions de vues sur TikTok. C’est colossal. Et ce succès s’explique par du contenu à la fois éducatif et esthétique. Les créateurs de contenu intègrent leurs compléments dans leur routine, filment leur rituel matinal, montrent leurs jolies boîtes colorées sur leur étagère. Il y a aussi l’effet de social proof : voir quelqu’un utiliser un produit régulièrement nous encourage à l’acheter nous-mêmes. C’est exactement cet effet qu’on observe avec les compléments alimentaires aujourd’hui.

Le passage au « in and out »

Troisième raison majeure : le passage du « out » au « in and out ». On en a d’ailleurs parlé dans notre précédent épisode sur la fusion entre la beauté et le bien-être. Les consommateurs veulent du glow qui vient de l’intérieur et pas uniquement du skincare appliqué sur la peau.

Le marché se restructure autour de cette idée que la beauté ne se limite pas à ce qu’on applique sur sa peau. Bien sûr, le skincare reste important, mais ça inclut également ce qu’on consomme. On cherche une approche holistique où la beauté devient un équilibre entre ce qu’on met sur notre peau et ce qu’on ingère. Les compléments alimentaires s’inscrivent parfaitement dans cette logique du « beauty from within », cette beauté qui rayonne de l’intérieur.

Le facteur générationnel

Quatrième raison : le facteur générationnel. La Gen Z et les millennials sont beaucoup plus enclins à investir dans leur santé préventive et acceptent l’idée d’une routine bien-être beaucoup plus complète que les générations précédentes. Ils sont prêts à dépenser jusqu’à 15% de leur budget mensuel beauté dans des compléments alimentaires selon une étude de McKinsey.

Pour ces générations, prendre soin de soi n’est pas un luxe ou quelque chose de superficiel. C’est une priorité, un investissement dans leur futur. Ils considèrent que leur corps mérite qu’on y investisse du temps, de l’énergie et de l’argent. Cette mentalité est radicalement différente de celle des générations précédentes qui voyaient souvent les compléments alimentaires comme quelque chose de réservé aux personnes âgées ou malades.

La méfiance envers la médecine conventionnelle

Cinquième et dernière raison : il y a aussi un certain rejet, une méfiance croissante envers les médicaments et la médecine conventionnelle. Les compléments alimentaires sont alors perçus comme une alternative douce et naturelle, car ils sont souvent formulés à base de plantes. Selon Synadiet, 75% d’entre eux utilisent au moins une plante ou deux vitamines, et 30% sont formulés à base de vitamines ou minéraux.

Cette perception de « naturel » rassure énormément les consommateurs. Ils ont l’impression de prendre quelque chose de moins agressif pour leur corps, quelque chose de plus aligné avec la nature. À cela s’ajoute l’augmentation des aliments ultra-transformés dans notre alimentation moderne. Beaucoup de personnes pensent qu’elles ne reçoivent pas assez de nutriments via leur alimentation quotidienne. Les compléments viennent alors combler ces carences, réelles ou supposées.

Et enfin, l’intérêt pour les compléments grandit aussi parce que les consommateurs sont très informés et de plus en plus éduqués sur leur santé, sur les nutriments, les probiotiques, les actifs. Ils vont rechercher des produits dont l’efficacité est scientifiquement prouvée. Dans les compléments alimentaires, ce n’est pas nécessairement et toujours scientifiquement prouvé, on va en parler plus tard d’ailleurs, mais pour ceux qui le sont, c’est vraiment une bonne alternative pour ces personnes qui cherchent à avoir des produits à mi-chemin entre le médical et le wellness.

Des promesses multiples : de la peau aux cheveux en passant par le mental

Les compléments alimentaires englobent aujourd’hui plein de choses, plein de problématiques différentes. Ce n’est plus juste une vitamine C qu’on prend en hiver pour éviter le rhume. C’est devenu tout un univers de solutions ciblées.

Pour la peau : le glow de l’intérieur

Typiquement, on va voir tout ce qui concerne la peau avec des promesses de glow, de peau pure et pulpée. Le collagène est probablement l’actif star de cette catégorie. Il promet une meilleure élasticité, une meilleure hydratation. Le collagène, c’est cette protéine qui compose notre peau et qui décline naturellement avec l’âge. En le prenant par voie orale, l’idée est de compenser cette perte.

Ensuite, il y a les probiotiques qui vont aider à améliorer le microbiome cutané et à traiter l’acné inflammatoire. On découvre de plus en plus que la santé de notre peau est directement liée à celle de notre intestin. Un microbiome intestinal équilibré se reflète sur la peau. C’est fascinant.

On va aussi voir l’acide hyaluronique oral qui est utilisé pour l’hydratation interne, souvent en combinaison avec de la vitamine C. Finalement, les consommateurs associent désormais la peau éclatante à une bonne santé digestive et à un microbiome équilibré. Ce n’est plus juste une question de crème qu’on applique. C’est une approche globale.

Pour les cheveux et les ongles : beauté de la racine

Ensuite, on a toutes les promesses au niveau des cheveux et des ongles. Les gummies cheveux comme celles de la marque La Chilli Beauty promettent des cheveux plus longs et plus résistants grâce à la biotine et aux vitamines du groupe B.

Des études montrent que les compléments riches en kératine et en zinc peuvent réduire la casse capillaire après trois mois de prise régulière. C’est intéressant parce que généralement, les cures capillaires sont prescrites pour une durée minimum de trois mois et pouvant aller jusqu’à six mois. Ça montre que ces produits doivent être pris de manière régulière et sur une période assez longue pour montrer leurs premiers résultats. Ce n’est pas magique, ce n’est pas instantané. Il faut de la patience et de la constance.

Pour l’énergie, le bien-être et le mental

On a également tout ce qui concerne l’énergie, le bien-être et le mental. Le magnésium pour le stress et la fatigue chronique est probablement l’un des compléments les plus populaires. Avec nos rythmes de vie effrénés, beaucoup de gens sont carencés en magnésium sans le savoir.

Les adaptogènes comme l’ashwagandha ou la rhodiola pour la régulation du stress sont également en plein boom. Ces plantes aident le corps à s’adapter au stress, d’où leur nom. Elles régulent la réponse au stress sans provoquer de somnolence ni d’excitation.

Pour le poids et la digestion

Il y a aussi tout ce qui concerne le contrôle du poids et la digestion avec les probiotiques et les prébiotiques pour favoriser une digestion saine, les fibres pour le confort digestif. Finalement, ces promesses s’alignent parfaitement avec la quête du self-care et d’auto-optimisation des consommateurs. On veut se sentir bien dans son corps, avoir de l’énergie, bien dormir, avoir une belle peau, de beaux cheveux. Les compléments alimentaires proposent des solutions à tous ces besoins.

Le lien avec les neurocosmétiques : une approche complémentaire

Il faut rebondir sur quelque chose de fascinant : le lien entre neurocosmétiques et compléments alimentaires. On a beaucoup parlé des neurocosmétiques lors de notre précédent épisode sur la beauté holistique, et ce lien se renforce à travers une nouvelle génération d’ingrédients fonctionnels comme les adaptogènes, les probiotiques ou certains actifs sensoriels.

La neurocosmétique va agir sur les récepteurs cutanés pour moduler le stress, l’inflammation, les sensations de confort. Ce sont ces mêmes ingrédients qu’on va utiliser par voie orale dans les compléments alimentaires pour soutenir l’équilibre nerveux, la réponse au stress ou la qualité de la peau. On a vraiment cette approche « out » du côté neurocosmétique avec des produits qui s’appliquent, et cette approche « in » avec les compléments alimentaires qu’on va ingérer.

On voit vraiment que tout se regroupe et qu’on rentre à nouveau dans le holistique avec des produits qui agissent sous différentes formes. C’est cette synergie entre l’externe et l’interne qui crée les meilleurs résultats.

La révolution des formats : quand le complément devient objet de désir

Le succès des compléments alimentaires repose aussi sur leur capacité à s’adapter aux préférences, au rythme de vie et aux besoins physiologiques des consommateurs. C’est une notion dont on parle beaucoup dans nos épisodes : les formats des produits s’adaptent aux besoins et aux nouveaux modes de vie. Sur le marché, on trouve aujourd’hui une grande variété de formats.

Les gummies : la révolution ludique

Les gummies sont caractérisées par leur goût fruité, leur texture moelleuse, leurs couleurs vives. Les gummies ont vraiment permis de démocratiser la prise de compléments, en particulier chez les jeunes adultes, les adolescents et même les enfants qui peuvent être plus réticents au format traditionnel des comprimés.

Elles sont très prisées dans la beauté. On en trouve pour les cheveux, comme on l’a mentionné avec La Chilli Beauty, pour la peau, pour le sommeil avec de la mélatonine, ou pour la vitalité avec des vitamines C et D. C’est presque devenu un bonbon qu’on prend avec plaisir plutôt qu’une contrainte médicale.

Toutefois, leur concentration en actifs est parfois limitée par leur format sucré, ce qui impose souvent de les prendre plusieurs fois par jour. On ne peut pas concentrer autant d’actifs dans une gummy que dans un comprimé parce que la texture et le goût en seraient affectés. C’est le compromis qu’on accepte pour avoir un format plus agréable.

Les comprimés : le classique indémodable

Les comprimés, c’est la forme la plus classique et la plus ancienne, qui reste répandue notamment en pharmacie. Leur format compact et leur longue durée de conservation en font une solution économique et fiable, plus appréciée des adultes habitués à une prise régulière et structurée.

En revanche, ils sont quand même moins attractifs d’un point de vue marketing par rapport à l’aspect très sensoriel qu’on a de plus en plus avec les gummies. Ils ne sont pas Instagrammables, ils ne créent pas d’émotion positive. C’est fonctionnel, point. Et dans un monde où l’expérience compte autant que l’efficacité, c’est un handicap.

Les liquides : les cures intensives

On a également les formats liquides qui sont présentés sous forme d’ampoules, de flacons ou de gouttes. Ils sont souvent utilisés dans des contextes de cures courtes ou intensives : boosts immunitaires, fatigues passagères ou carences ciblées.

L’avantage des liquides, c’est que l’absorption est généralement plus rapide qu’avec des comprimés. Le corps n’a pas besoin de décomposer une forme solide, l’actif est déjà sous forme liquide et peut être assimilé plus facilement.

Les formats nomades : pour une vie active

On va également avoir les formats nomades tels que les sticks à boire, les sprays buccaux ou les shots concentrés. Ça correspond vraiment à ces nouveaux modes de consommation actifs et mobiles. Ils sont faciles à glisser dans un sac, ils permettent une prise discrète et rapide, souvent en une seule dose.

Ils incluent également les produits qu’on voit de plus en plus en grande distribution comme les shots au gingembre ou au curcuma. Toutefois, c’est là où il faut vraiment faire la différence entre ce qu’on considère comme complément alimentaire au sens réglementaire ou pas. Ce sont ceux qui sont présentés avec des allégations santé et enrichis en actifs spécifiques – vitamines, extraits végétaux concentrés – qui vont entrer dans cette catégorie des compléments alimentaires à proprement parler.

Les poudres : la flexibilité ultime

Il faut également parler des poudres qu’on peut intégrer à un latte, un smoothie ou un yaourt. Tu vas par exemple avoir la marque Vital Proteins pour le collagène ou Woom pour les adaptogènes. Ça permet aussi une flexibilité au niveau du dosage.

Ce qui est intéressant avec les formats poudre, c’est qu’on peut créer une habitude matinale qui va être alignée avec le rituel du wellness. Tu prépares ton matcha latte, tu rajoutes une cuillère de collagène dedans, et c’est aussi quelque chose qui va être très Instagrammable. Ces moments filmés et partagés participent à créer une communauté autour de ces pratiques.

L’esthétique wellness : quand le complément devient lifestyle

Ça nous amène à rebondir sur l’esthétique qu’on peut avoir dans le bien-être. Finalement, les compléments alimentaires vont s’inscrire dans une démarche de self-care car ils vont incarner tout ce qui est auto-soin et prévention. Ils vont permettre aussi aux consommateurs de reprendre la main sur leur santé et leur beauté.

Comme on l’a dit plus tôt, ils sont un peu plus méfiants vis-à-vis des médicaments traditionnels. Ça leur permet vraiment d’avoir la main sur leur santé afin de faire de la prévention. Ils vont aussi s’intégrer dans une esthétique où, comme on l’a dit, ça va valoriser le fait de prendre soin de soi comme un acte du quotidien. Prendre soin de soi, prendre des compléments alimentaires, c’est intégré dans le quotidien des consommateurs.

Les marques arrivent à s’intégrer justement dans la vie quotidienne des consommateurs à travers différents éléments. D’abord leur packaging, qui va être minimaliste et coloré. Je pense à la marque The Nue Co ou M&Sense qui deviennent des objets de décoration dans la salle de bain. On n’a plus envie de les cacher dans un placard. On veut les laisser sur l’étagère parce qu’ils sont beaux.

Les poudres, comme on l’a dit, ça va être intégré dans des routines matinales filmées, donc très Instagrammables. On a les gummies qui vont être partagées en stories comme un moment fun : « Voilà, j’ai ma boîte de gummies dans mon sac, je prends mes deux gummies quotidiennes. » Finalement, les compléments alimentaires sont devenus un symbole de lifestyle et non un produit purement fonctionnel. Ils participent à cette fusion entre la beauté et le bien-être dont on a parlé dans notre précédent épisode.

La dualité du marché : pharma vs lifestyle

C’est là qu’on assiste encore à cette dualité dont on parle souvent, ce monde partagé entre des produits vraiment scientifiques, pharmaceutiques, et des produits qui deviennent plus lifestyle. C’est exactement ce qu’on voit aujourd’hui dans les compléments alimentaires.

Aujourd’hui, les comprimés et les gélules dominent encore en pharmacie. Les compléments alimentaires en pharmacie et parapharmacie représentent 55% du marché en 2024 selon Synadiet. Mais petit à petit, les gummies, les sprays, les shots explosent sur les réseaux sociaux et les plateformes de vente en ligne.

Il y a vraiment un phénomène de division. Après, les deux mondes se rejoignent. On a quand même des ponts très clairs qui peuvent être faits entre les deux quand on regarde les actifs, la communication. Mais on observe vraiment deux univers différents. D’un côté, le monde très médical, sérieux, scientifique de la pharmacie. De l’autre, le monde coloré, ludique, lifestyle des marques digitales. Et les deux coexistent, parfois se complètent, parfois se concurrencent.

Les marques qui dominent le marché

Ça donne envie de faire un petit focus sur les marques qui dominent le marché aujourd’hui. Parce que finalement, ce sont elles qui façonnent les codes de ce secteur en pleine mutation.

En France : les champions de l’innovation

En France, on va voir d’abord La Chilli Beauty avec ses gummies ludiques qui sont leaders sur ce segment. D’ailleurs, d’après Les Échos, La Chilli vend plus de 300 000 flacons par an. C’est énorme pour une marque relativement jeune. Leur succès repose sur un packaging coloré, des visuels pop, une communication très proche de leur communauté.

On a également la marque D-Lab, du groupe Fruit Cosmetics, qui va avoir une image premium avec des études cliniques publiées. Eux, ils se positionnent sur le haut de gamme avec des formulations très pointues et une communication scientifique solide.

Il y a M&Sense Skincare, qui va être pionnière du « in and out » avec des prébiotiques et des compléments beauté. Leur approche holistique correspond parfaitement aux attentes actuelles. Et enfin, Dijo, qui est très axée sur le microbiome et la digestion. Ils ont vraiment éduqué leur audience sur l’importance de la santé intestinale.

À l’international : les poids lourds

À l’international, on va avoir Vital Proteins aux États-Unis, qui sont également partenaires de Hailey Bieber au niveau du collagène. Ce partenariat avec une personnalité aussi influente a propulsé la marque au niveau mondial. Hailey Bieber incarne parfaitement cette esthétique wellness que recherche la jeune génération.

On va voir Moon Juice aux États-Unis également, qui sont très portés sur les superfoods et les adaptogènes. Leur positionnement est clairement haut de gamme et mystique, presque spirituel.

Et enfin, The Nue Co au Royaume-Uni, qui a une approche beaucoup plus minimaliste et scientifique. Leur packaging est sobre, élégant, presque pharmaceutique mais en mieux. Ils ont réussi à allier crédibilité scientifique et esthétique moderne.

Qu’est-ce que ces marques ont en commun ?

Finalement, qu’est-ce que ces marques ont en commun ? Eh bien, on va retrouver leur positionnement digital fort, notamment sur TikTok, Instagram et avec leurs newsletters. Elles ont compris que leur audience vit sur ces plateformes et elles vont les chercher là où elles sont.

Il y a aussi un storytelling wellness fort. Le storytelling aujourd’hui, on le sait, on n’achète plus un produit mais une marque. Le storytelling est très important pour créer ce sentiment d’appartenance, pour créer cette communauté autour de sa marque. Ces marques ne vendent pas juste du collagène ou de la vitamine C, elles vendent un mode de vie, une vision de la santé.

Et enfin, on a aussi l’incarnation via les fondatrices de ces marques, mais aussi avec les influenceurs. Ce sont des collaborations qui vont être sur du long terme. Parce que comme on a pu le dire plus tôt, les compléments alimentaires, c’est des prises régulières sur des longues périodes. Finalement, le fait d’avoir une influenceuse qui va régulièrement parler de sa cure qu’elle prend avec telle marque, ça va justement renforcer ce sentiment d’efficacité et de crédibilité de cette marque.

On a aussi le côté intégration dans les routines quotidiennes. Les compléments alimentaires, c’est tous les jours sur des longues périodes. Finalement, ça fait vraiment partie de notre vie quotidienne. Une fois qu’un complément alimentaire a bien fonctionné sur nous, on aura tendance à plus facilement le recommander et à le racheter aussi après la fin de notre cure au bout de trois à six mois pour reprendre cette cure qui avait bien fonctionné.

Le monde de la pharmacie : des acteurs historiques

Il faut compléter avec les marques qu’on a plutôt du côté pharmacie et parapharmacie : Laboratoire des Granions, Arkopharma, Super Diet ou Oenobiol. Ce sont des marques qui, en comparaison avec celles qu’on vient de citer, sont peut-être moins présentes sur les réseaux sociaux, qui ont moins cet aspect digital prononcé.

Ce sont des marques qui vont jouer plutôt sur des arguments scientifiques, sur la qualité et sur l’aspect environnemental. Je pense aussi à Nutrimuscle pour le bio, destiné aux sportifs. Il y a Dynveo aussi, certifié bio avec des produits premium. Et Novoma qui met l’accent sur la transparence et la qualité avec des produits Made in France.

Ces marques représentent le côté traditionnel du marché, mais elles aussi commencent à évoluer. Elles comprennent qu’il faut moderniser leur communication, rajeunir leur image, sans pour autant perdre leur crédibilité scientifique.

Ce que dit vraiment la science

On parle beaucoup de science dans cet univers, mais finalement, que dit réellement la science à ce niveau-là ? C’est une question essentielle parce qu’il y a beaucoup de marketing, beaucoup de promesses, et il faut savoir faire le tri.

Au niveau du collagène hydrolysé, les études montrent une amélioration significative de l’hydratation et de l’élasticité de la peau après huit à douze semaines de prise régulière, d’après le Journal of Drugs in Dermatology. Donc oui, le collagène fonctionne, mais il faut être patient et régulier.

On a aussi les probiotiques qui soutiennent le microbiome cutané et intestinal, ce qui a des effets sur l’acné inflammatoire et la digestion, d’après Frontiers in Microbiology. Le lien entre intestin et peau est de mieux en mieux documenté scientifiquement.

Il y a également la biotine dont on entend beaucoup parler. Elle est utile mais uniquement en cas de carence. Si vous n’êtes pas carencé, elle va avoir peu d’effets supplémentaires. Ça ne va pas causer une grande amélioration miraculeuse. C’est important de le préciser parce que beaucoup de gens pensent que la biotine va transformer leurs cheveux alors qu’ils ne sont pas du tout carencés.

On a également le magnésium et les adaptogènes qui vont avoir un effet de réduction du stress ressenti et apporter un soutien au niveau des cycles de sommeil. Là aussi, les études confirment ces effets, surtout pour le magnésium qui est largement documenté.

Les limites à connaître

Mais par contre, c’est important de parler des limites des compléments alimentaires. En effet, ils sont efficaces, il y a des études scientifiques qui ont été publiées, mais ils vont être efficaces uniquement s’ils sont bien dosés, pris très régulièrement et dans le cadre d’une alimentation équilibrée. Ce n’est pas magique. C’est vraiment plein de facteurs qui sont à prendre en compte pour que les compléments alimentaires soient efficaces.

Aussi, quelque chose d’important à noter : leur efficacité varie selon les individus, les modes de vie et les microbiomes personnels. Moi, je peux prendre des compléments alimentaires qui vont super bien me convenir, je vais te les recommander, et toi Ramata, peut-être que tu vas me dire : « Personnellement, je n’ai pas eu les mêmes effets que toi. » Ça dépend vraiment d’une personne à une autre.

Les marques qui vont investir dans des études cliniques comme D-Lab ou The Nue Co vont renforcer leur crédibilité dans un marché où le clean washing et les promesses non prouvées sont encore très présentes. C’est un vrai différenciant aujourd’hui d’avoir des études cliniques publiées et accessibles.

Distribution : pharmacie vs digital, la coexistence nécessaire

Les pharmacies restent aujourd’hui le canal principal, comme on l’a dit, avec 55% des ventes en 2024, notamment pour les produits classiques et les publics plus âgés. Elles bénéficient d’un cadre réglementé et de la confiance du pharmacien. Quand tu achètes un complément en pharmacie, tu as le conseil d’un professionnel de santé. C’est rassurant.

Mais les ventes en ligne explosent, portées par une génération plus jeune et connectée. Les marques DNVB (Digitally Native Vertical Brands) comme D-Lab, The Nue Co ou M&Sense misent sur les réseaux sociaux, le branding lifestyle, la vente directe via leur site. Elles n’ont pas besoin de passer par le circuit traditionnel de distribution.

On est en train de voir un secteur qui devient de plus en plus omnicanal avec le digital qui gagne du terrain. Les deux modèles vont devoir coexister, mais aussi s’inspirer l’un de l’autre. Peut-être que les pharmacies peuvent prendre les codes des DNVB pour moderniser leur canal, leur communication, leur expérience client. Inversement, les marques digitales pourraient bénéficier de la crédibilité et de la confiance associées au circuit pharmaceutique.

Les évolutions futures : vers une personnalisation totale

Avec des consommateurs qui privilégient de plus en plus les produits bio, locaux et durables, ça va impacter aussi le secteur des compléments alimentaires. On va observer une demande accrue pour des ingrédients naturels et des pratiques de production responsables. L’origine, la transformation et la qualité des matières premières deviendront des arguments centraux pour gagner la confiance des consommateurs.

On peut même imaginer, même s’il y a un aspect réglementaire et scientifique très important, que peut-être les gens vont commencer à faire des compléments maison à partir de mini-fermenteurs ou de micro-jardins d’herbes aromatiques. On l’a vu avec le kombucha fait maison, le kéfir. Pourquoi pas des compléments personnalisés faits à la maison dans le futur ?

La santé mentale au cœur des préoccupations

La santé mentale, le stress, le sommeil et l’humeur deviennent des priorités pour les consommateurs. Les marques vont de plus en plus développer des produits hybrides qui répondent à plusieurs besoins en un seul produit, en intégrant des ingrédients comme les adaptogènes, les prébiotiques ou les antioxydants.

On a un phénomène qu’on observe dans les soins de la peau qu’on va aussi avoir dans les compléments alimentaires : la multi-fonctionnalité. Plus besoin de prendre dix produits différents, on veut un produit qui fait plusieurs choses à la fois.

Les formules ciblées selon les périodes de vie

Ce sera aussi la montée en puissance des formules ciblées selon différentes périodes de la vie. Des marques vont proposer des produits spécifiques conçus pour répondre aux besoins d’une tranche d’âge ou d’un moment particulier.

Je pense notamment aux femmes enceintes ou en post-partum qui ont besoin de nutriments essentiels comme le fer, l’iode ou les oméga-3. Les femmes ménopausées avec l’équilibre hormonal, la densité osseuse, le confort digestif. Les seniors avec des compléments pour la mémoire, les articulations ou la vitalité. Tout ça, c’est un secteur qui va continuer à se développer.

L’intelligence artificielle et la personnalisation

Le dernier point, on parle très souvent des technologies, de l’intelligence artificielle, de la réalité augmentée, et ça va aussi influencer le secteur des compléments alimentaires. On va peut-être avoir des tests rapides à domicile où les consommateurs pourront obtenir un diagnostic précis de leurs carences ou besoins.

Ces données, couplées à des applications de suivi santé, vont permettre de recommander des formules sur-mesure et d’ajuster en temps réel selon le sommeil, la fatigue, le niveau d’activité. Ce sera vraiment une ère où on ne devinera plus le complément dont on a besoin. Grâce à ces applications et ces tests, on saura en temps réel comment ajuster nos besoins au niveau des compléments.

Imaginez : vous faites un test salivaire le matin, votre application analyse vos données de sommeil de la nuit, votre niveau de stress de la veille, votre activité physique, et vous recommande précisément quelle dose de magnésium, de vitamine D ou d’adaptogènes prendre ce jour-là. C’est l’avenir de la personnalisation totale.

Ce qu’il faut retenir

Finalement, ce qu’il faut retenir de toute cette analyse, c’est que le boom des compléments alimentaires s’explique par la convergence de la santé, du bien-être et de la beauté. Il s’inscrit dans l’évolution du self-care comme une norme culturelle et non plus comme une exception ou un luxe.

Les marques françaises et internationales qui performent sont celles qui vont aligner efficacité scientifique, storytelling lifestyle et intégration dans les modes de vie. Ce n’est plus suffisant d’avoir juste un bon produit. Il faut raconter une histoire, créer une communauté, proposer une expérience.

L’efficacité des compléments alimentaires dépend d’un usage régulier, de la qualité des ingrédients, mais également d’un mode de vie global aligné. On ne peut pas prendre du collagène en fumant un paquet par jour et en dormant quatre heures par nuit en espérant des miracles.

Et enfin, l’esthétique wellness transforme ces produits en symboles d’un quotidien aligné et apaisé. Les compléments alimentaires ne sont plus cachés dans un placard. Ils sont sur l’étagère de la salle de bain, dans le sac à main, dans la photo du petit-déjeuner. Ils sont devenus des marqueurs identitaires d’un certain mode de vie.

Et vous, professionnels de l’industrie cosmétique et du wellness, avez-vous intégré les compléments alimentaires dans votre offre ? Comment voyez-vous l’évolution de ce marché dans les prochaines années ? Pensez-vous que la personnalisation via l’IA va vraiment révolutionner le secteur ? On attend vos réflexions et vos retours d’expérience en commentaire !

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